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Le 17 janvier 2020 à 11h : Hommage au Prof. Jean-Pierre Ebel (25.01.1920-20.06.1992) Co-fondateur de l’Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire du CNRS

par lioudmila - publié le , mis à jour le

La vie et l’œuvre du Professeur Jean-Pierre EBEL (1920-1992)

Jean-Pierre Ebel est né à Bischwiller (Bas-Rhin) le 25 janvier 1920. Son père, instituteur, donna à ses trois enfants une solide éducation et le goût du travail bien fait. Comme l’une de ses sœurs, Elisabeth, il fit des études à la Faculté de pharmacie de Strasbourg, puis à Clermont-Ferrand, où l’université de Strasbourg s’était repliée pendant la guerre. Il y obtint son diplôme de pharmacien en 1942 et devint assistant de chimie. Membre de la Résistance intérieure française, il fut arrêté par la Gestapo (police secrète nazie) le 25 juin 1943, emprisonné à Clermont-Ferrand, puis à Moulins et Compiègne, avant d’être déporté du 31 octobre 1943 au 7 mai 1945 aux camps de concentration de Buchenwald, puis de Dora. Revenu à Strasbourg après la guerre, il compléta ses études par une licence ès sciences physiques et commença en 1947 ses recherches sur les polyphosphates de longue chaîne dans le laboratoire d’André Boivin, professeur de chimie biologique à la Faculté de Médecine. Il devint en 1949 chef de travaux de chimie à la Faculté de pharmacie où il poursuivit ses recherches qui menèrent à la soutenance de son de doctorat ès sciences, en 1951, sur la chimie et la biochimie des polyphosphates inorganiques. De 1953 à 1954 il fut détaché au Collège de France et chargé des fonctions de sous-directeur dans le laboratoire du professeur Fauré-Frémiet, où il effectua des recherches sur l’ascaris. Revenu à Strasbourg, il fut nommé en 1955 maître de conférences de biochimie à la Faculté de pharmacie et commença à développer un laboratoire en s’adjoignant Guy Dirheimer, stagiaire de recherche au CNRS, et Norbert Busch, assistant. Nommé professeur de biochimie à la Faculté de pharmacie en 1958, ses recherches s’orientèrent sur la fonction des polyphosphates comme réserves énergétiques, puis sur les relations polyphosphates-acides ribonucléiques.

Ces dernières s’avérèrent être des artéfacts, mais conduisirent J.P. Ebel à s’intéresser aux acides ribonucléiques de transfert (tARN). Nommé professeur de biochimie à la Faculté des sciences en 1962, il emménagea à l’Institut de Physiologie et de Chimie Biologique. En 1966, G. Dirheimer installa au laboratoire un appareil de distribution en contre-courant qui permit d’isoler des quantités suffisantes de tARN purs pour en déterminer les structures primaires avec, comme auparavant, l’idée directrice de comprendre les fonctions des macromolécules à travers leur structure. En 1973, J.P. Ebel et L. Hirth fondèrent l’Institut de Biologie Moléculaire et Cellulaire du CNRS (IBMC) qui regroupa plusieurs équipes, antérieurement dispersées dans l’Université. En 1975 l’effectif de l’IBMC comptait 157 chercheurs et ITA. Le laboratoire de Biochimie y était composé de 3 groupes indépendants, dirigés respectivement par J.P. Ebel, G. Dirheimer et J.H. Weil. En 1975, C. Ehresmann de l’équipe de JP. Ebel avait réussi à séquencer l’ARN ribosomique 16S d’E. coli conduisant à l’étude de son interaction avec les protéines ribosomiques avec B. Ehresmann. Des études similaires furent faites par C. Branlant sur l’ARN 23S. En 1977 R. Giegé réussit à cristalliser le tARNAsp de la levure dont la structure cristallographique fut déterminée en 1980 avec l’équipe de D. Moras qui avait rejoint l’IBMC. Parallèlement, toute une série d’aminoacyl-tARN synthétases furent purifiées et leurs structures mono- ou oligomériques établies. De nombreux travaux dans le domaine des interactions entre tARN et ces enzymes purent ainsi être réalisés. Enfin, les structures de l’aspartyl-tARN synthétase et du complexe tARNAsp-AspRS purent être déterminées.

En 1990, la direction du CNRS proposa à J.P. Ebel la création de l’Institut de Biologie Structurale de Grenoble. Il réussit à surmonter ce défi. Sa notoriété scientifique lui valut de faire partie de nombreux comités et conseils et d’être l’objet de nombreuses reconnaissances nationales et internationales, dont son élection à l’Académie des Sciences en 1979.
J.P. Ebel s’est beaucoup dépensé pour le développement de la biochimie française et son rayonnement international. Tout au long de sa carrière, il milita pour que les jeunes chercheurs puissent se rendre à des congrès internationaux. Il fut président de la FEBS (1975-1977).
Très démocrate, il prenait toujours l’avis de ses collaborateurs et leur permettait de s’épanouir au maximum de leurs possibilités. Il est resté pour ses nombreux collaborateurs et amis non seulement un modèle d’enthousiasme scientifique, mais encore un homme apprécié et aimé de tous.

Guy Dirheimer, décembre 2019